| Raptaf, mc solitaire aux multiples visages |
| Interviews - Hip Hop |
Raptaf fait parti de ceux qu’on appelle « combattant », car malgré les épreuves, un parcours difficile, il a réussi aujourd’hui à sortir son album, mûrement réfléchi et préparé, agrémenté d’un clip qui sera prochainement diffusé dans Run Vibes le 12 Novembre sur RFO.Ce jeune rappeur de la Ravine-à-Malheur a tout pour percer, la motivation, l'esprit, et une attitude zen face aux multiples problemes qu'ila rencontré pour arriver jusque ici, petit détour sur un parking portois, le temps d'une mise au point. Quelles sont tes origines et ta situation familiale ? Créole pur souche de l’ouest, plus précisément de Sans-soucis, j’ai 24 ans, père de famille et je bosse dans une grande société de distribution. Comment as-tu débuté et quel a été ton parcours ? J’ai commencé vers 1998, à l’époque j’avais rejoint un groupe qui s’appelait 3SLM, on avait gagné 3 concours hip hop, ils avaient un gros potentiel mais leur manque de confiance en eux a fait qu’ils ne sont pas allés plus loin, et les divers conflits qui nous opposait ont fait que le groupe s’est dispersé. J’ai donc continué en solo jusqu'à 2004 lorsque je retrouve l’ancien leader du groupe 3SLM, on reformé un crew, désormais c’était « Les Soldats » puis de nouveau on a lâché l’affaire. Ensuite un crew qui faisait du beat box et du rap m’a proposé de travailler avec eux, toujours en tant que mc, mais lorsque ça a commencé à marcher, ils ne voulaient pas me mettre en avant, même dans la communication, je suis donc parti…et aujourd’hui je suis en solo et c’est mieux comme ça. J’ai toujours voulu avoir un crew, être plusieurs mc’s, mais avec les déceptions, je reste solitaire. Qu’est-ce qui t’as amené à faire du son ? Je suis d’un naturel timide, et le rap m’a permis de dire certaines choses derrière un micro que je n’aurais pas forcément dites ailleurs, c’est un mode d’expression révolutionnaire, c’est parfait pour moi…mon mode vie, mon passé et le quotidien me donnent suffisamment de contenu pour écrire. Quels sont tes rapports avec les artistes locaux ? Je bosse quasiment qu’avec les artistes portois tels que Kunzo, Achem, Daoud, Xplicit KO…ils sont quasiment tous présents en featurings sur mon album, après pour le reste, je suis ouvert a toutes propositions. Quelles sont tes influences ? J’aime beaucoup le rap français, surtout le « hardcore » j’écoute quasiment que ça, du style Tandem au Rat Luciano entre autres…le rap hardcore te permet de dire plus facilement la vérité, ce qui dérange, il te laisse un grande marge pour l’expression, avec ce style j’ai enfin pu faire ce que je voulais… Comment définirais-tu ton style, à l’écoute de ton album solo, les voix ne sont pas toujours les mêmes ? Raptaf, pour certains, ça donne l’impression que c’est plusieurs mc’s, alors qu’en fait je suis seul, j’ai travaillé 4 ans non-stop pour pouvoir réaliser cette performance, arriver a rapper sous plusieurs tonalités…mon style je ne sais pas, c’est du Raptaf. Certains disent que je ressemble a Soprano, je prends ca comme un compliment car je ne suis pas du tout dans le même délire, je fais 6 voix différentes, pas du pompage… Et sur scène, comment tu vas travailler ça, comment le gérer ? Aujourd’hui l’informatique est là pour ca, on fera des arrangements, après pour le reste je verrais, surprise… Pourquoi Raptaf ? Ce nom a la base, signifie « Rappeur qui fume » ou « Rappeur qui taffe », ca date de l’époque de 3SLM, les mecs se foutaient de moi, critiquaient ce blaze, et rien que pour ca je l’ai gardé, pour faire chier même si j’ai arrêté la fumette… Qui produit tes instrus ? Essentiellement Big Yo a son studio « Big First », il a totalement produit mon album, il s’améliore au fur et a mesure, ce qui est cool avec lui c’est qu’il s’adapte vite et il fait exactement ce qu’on lui demande, maintenant je suis ouvert a toutes autres prods, tant qu’elle me convient. Quels ont été les problèmes rencontrés dans la création de ce 1er opus ? J’avais commencé a faire mixer l’album chez Marianne Prod, un ancien militaire a la retraite qui a investi dans du gros matos, malheureusement il sait pas mixer, après 5 masters et 5 mixs, le son était toujours dégueux, il m’a fait payer en plus, j’ai perdu prés de 1000e, aujourd’hui il sait ce qu’il l’attend au détour…Déçu je voulais tout arrêter, et c’est là que Kunzo m’a aidé, il m’a mis en relation avec Big Yo et on a tout repris en main, on a refait de A à Z l’album. C’est difficile pour un artiste aujourd’hui de sortir un disque en indé ? Oui, déjà il faut avoir des bons tuyaux, les relations, tout sortir de sa poche et rien que pour 500 exemplaires, faut minimum 1200€…et les radios ne t’aident pas pour diffuser par la suite…faut encore payer. Une anecdote pendant la réalisation de cet album ? Un des mecs de Hijonik ( Don Falco) a voulu poser avec moi, j’ai refusé, puis après, on a tout de même essayé mais sans suite, je ne cautionne pas leur musique même si je respecte les mecs. Ton avis sur le mouvement hip hop local ? Le rap réunionnais est décalé par rapport au reste, et le pire c’est quand tu vois des mc’s se convertir en Raggaman ou des raggaman s’habiller en rappeur, c’est n’importe quoi ! Les modes changent, et certaines ne ressemblent plus à rien. Mise a part ça, il y a de très bons groupes chez nous, j’ai beaucoup de respect pour des crews comme Xplicit KO, M.Atom, KpoX ou Nikemsi… J’ajouterais que certains artistes locaux qui cartonnent oublient vite le respect, faut qu’il sache qu’on est sur une ile, on n’est pas aux states et ce ne sont pas des stars ! C’est malheureux aussi qu’il n’y ait pas plus d’unité, les mecs ne se soutiennent pas ! Ton morceau « Je clash mes ennemis » a qui s’adresse t’il ? A tous ceux qui n’ont pas cru en moi, aux anciens avec qui je bossais, ceux qui ne m’aiment pas. Des artistes avec qui tu aimerais travailler plus tard ? Peu importe tant que je kiffe leur sons, je suis op pour bosser. Je recherche activement quelqu’un pour m’accompagner sur scène, un mc pour faire mes backs et qui sait, reformer un crew. Tes futurs projets, mis à part la promotion de ton album et des scènes ? J’aimerais sortir un maxi avec des artistes portois tels que Achem, KpoX, Xplicit KO, Valantini, un projet collectif 100% hip hop ! Et je vais être présents dans pas mal de sound system sur le Port, je vais faire quelques plateaux avec Kreol FM. Comment vois-tu l’avenir en général ? Ce sera toujours plus dur et plus compliqué, la politique nous pourrit chaque jour un peu plus, et plus ca va, plus les riches sont à l’aise et les pauvres….s’appauvrissent. Un coup de gueule pour finir ? Un gros fuck a tous les politiciens véreux qui ne tiennent pas leurs promesses, un autre pour la BAC du Port qui pratique le délit de sale gueule sur les jeunes, ils ont une mauvais e vision de nous, pas plus tard que l’autre jour, ils sont venus foutre la merde en plein tournage de clip ! Et aussi contre les faux mc’s, ceux qui s’y croient ou qui n’ont rien à faire dans notre mouvement… Des dédicaces ? A tout ceux qui m’ont aidé, Clyde, Big Yo, Achem, Kunzo, Rodee Cox et ceux que j’oublie… Album disponible chez Agora, Virgin Mégastore, Megatop, et JB Music Skyblog : www.raptaf.skyrock.com |
Raptaf fait parti de ceux qu’on appelle « combattant », car malgré les épreuves, un parcours difficile, il a réussi aujourd’hui à sortir son album, mûrement réfléchi et préparé, agrémenté d’un clip qui sera prochainement diffusé dans Run Vibes le 12 Novembre sur RFO.